Mon premier road trip vélo : 5 jours de la Bretagne à Angers

Un budget quasi nul, un équipement minimaliste, et la route devant nous. C’est tout ce qu’il faut.

Un essai de vidéo youtube fait modestement avec les moyens du bord.

Il y a des projets qui dorment longtemps dans un coin de la tête. Le voyage à vélo avec bivouac était de ceux-là. Je savais que ça me correspondait — la lenteur, le contact avec le paysage, l’autonomie — mais je n’avais jamais sauté le pas. C’est Guillaume qui m’en a donné l’occasion.

Guillaume, c’est un ami de fac. Il vit à Montbéliard, dans le Doubs, et incarne à sa manière le mode de vie que j’essaie de construire ici : bricolage, récupération, jardinage pour produire le maximum de sa nourriture, et déplacements quasi exclusifs à vélo. Le genre de gars qui, quand il part aider des amis à déménager en Bretagne, embarque son vélo dans le camion — histoire de rentrer à la seule force de ses jambes sur 700 kilomètres.

En passant me voir, je lui ai proposé de l’accompagner quelques jours sur sa route. Ce n’était pas prévu mais j’avais ce projet de road trip à vélo déjà dans ma tête. Un jour je le ferai, puis le temps passe alors quand l’occasion se présente, il faut la saisir !

La préparation, ou l’art du système D

Avant de partir, on a passé un bon moment à préparer le matériel : changement des pneus, vérification des freins, contrôle des lumières et des équipements de sécurité. Et puis le moment incontournable — monter la tente. Comme je venais de l’acheter pour ce voyage, c’était la première fois que je m’en servais. Autant dire qu’on a pris le temps.

Guillaume, lui, avait fabriqué son réchaud de ses propres mains. On l’a testé avant le départ. Ça marche. On ne sera pas surpris : c’est son mode de fonctionnement.

Il tirait une charrette maison accrochée au vélo. J’avais un peu moins de matériel et choisi de tout mettre à l’arrière dans deux sacoches + un gros sac éctanche sur le porte bagage, j’ai compris en route que répartir un peu à l’avant aidera la prochaine fois. Mais voilà, c’est aussi à ça que servent les premières fois.

🕙 Départ dimanche, 10h18. Cap au sud-est.

Le port de Vannes, la crêpe imaginaire et la crevaison de Guillaume

Première pause au port de Vannes, après 35 kilomètres en deux heures. Un sandwich à l’ombre, une carte dépliée sur les genoux, et ce sentiment agréable d’être vraiment là, pas pressé, pas attendu. On est en plein pays de Karadoc, comme j’ai dit à Guillaume en souriant. Il a apprécié.

La deuxième pause est moins prévue. Entre Noyalo et la prochaine étape, j’entends un bruit bizarre sur la route. Je m’arrête, je vérifie mon pneu, rien. C’est Guillaume qui arrive derrière, la chambre à air à plat. Technique de réparation vue en Birmanie quelques années auparavant : on sort la chambre à air sans démonter tout le pneu, on colmate, on repart. Pas la méthode la plus confortable, mais efficace.

On repart.

Le bivouac près de Muzillac

Vers 16h30, on se met à chercher un endroit pour s’arrêter. On est à hauteur de Muzillac. On tombe sur un coin discret, tout près de l’eau. Calme. Beau. On est bien.

On s’installe, on prépare à manger avec ce qu’on a : pâté Hénaff, poivrons, oignons, tomates. Simple. Bon. Le genre de repas qui a un goût de liberté parce qu’il est mérité.

La nuit tombe. Guillaume s’installe dans son hamac entre deux arbres. Moi dans ma tente.

La pluie, les chaussures mouillées et la leçon du matin

Il a bien plu cette nuit-là. Bien plus que prévu. Réveil à 9h20, tente intacte, affaires presque sèches, les feuilles des arbres au-dessus de moi ont joué le jeu. Guillaume, lui, a passé la nuit dans son hamac sous l’averse. Les chaussures ont pris l’eau. Il repart en tongs le temps que ça sèche.

Séchage de la tente et de la bâche au soleil, remplissage des bouteilles d’eau, petit déjeuner, remballage. On reprend la route tranquillement. Pas de stress. C’est ça aussi, la slow life à vélo : le matin n’est pas une contrainte, c’est une partie du voyage.

On traverse la frontière bretonne pour entrer en Loire-Atlantique. Le coucher de soleil à travers les bois, ce soir-là, valait bien quelques chaussures mouillées.

La Loire, les radeaux, et la chaleur qui décide à ma place

On continue à bien rouler toute la journée, j’en profite pour faire quelques photos souvenirs avec mon appareil photo argentique fétiche : le Canon A1 de mon acheté en 1982. Je l’avais révisé moi-même pour continuer à l’utiliser.

A la fin de cette journée, cela fait 2 jours et demi de voyage ensemble et prends la décision de m’arrêter à Angers. Avec le même temps pour rentrer, cela me fait quasiment une semaine de repos. Je venais de me mettre à mon compte professionnellement et il faut que je travaille.

On se dit au revoir. Guillaume continue sa route vers Montbéliard. Moi, je fais chemin inverse pour rentrer chez moi.

Au bord de la Loire, je croise des gens en train de descendre le fleuve sur un radeau artisanal. Ce sont surement des fans d’une chaîne YouTube de micro-aventures en France, une chaîne (The Other Life) que je connais et que je vous recommande d’ailleurs. Il y a quelque chose de réconfortant à voir que d’autres font exactement ce qu’on est en train de faire, chacun à sa manière.

Après une pause casse-croûte, je continue de rouler et arrive à Nantes en moins d’une heure. Frais. Content. Et puis la chaleur s’installe pour de bon. Vers midi, il fait 35°C. Je roule encore 3h30 vers le pays de la Loire, sous le soleil sans répit. Je m’arrête régulièrement pour boire, mettre de la crème solaire, et le dos commence à tirer. Ca n’est plus vraiment du plaisir.

Je suis à Fay de Bretagne, ce n’est pas la destination initiale et j’ai trois options :

  • je force et je peux être dans mon lit tard dans la soirée
  • je dors sur place et je continue le lendemain
  • j’appelle du renfort pour qu’on vienne me chercher (je suis à moins d’une heure de voiture).

Je choisi la dernière option car on peut facilement venir me chercher, sinon j’aurai dormi sur place. Au final, c’est la bonne décision. La météo annonce 39°C dans le Morbihan pour le lendemain. Continuer aurait été imprudent.

Ce que cette première fois m’a appris

Je suis rentré un peu déçu de ne pas être allé au bout. Et en même temps, pleinement satisfait. Parce que cette expérience a confirmé tout ce que je pressentais : on n’a pas besoin de grand-chose pour vivre des moments gravés dans la mémoire.

Budget principal : la nourriture. Équipement : minimaliste. Confort : relatif. Intensité des souvenirs : maximale.

Le vélo + bivouac, c’est maintenant un projet ancré. Pas une idée vague. Ce n’était qu’une première fois — et les premières fois, quand elles se passent bien même imparfaitement, donnent envie de recommencer. À bientôt pour de nouvelles aventures.

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